LES VERTUS DE L’ALLOCATION DIRECTE POUR CERTAINS RÉSIDENTS DE RPA
Pierre Tardif

U n grand gérontologue américain, M. Powell Lawton, a défini ainsi les fonctions de base de l’environnement. Ces fonctions sont au nombre de trois :

1) La fonction de maintenance : le gérontologue parle ici de « maintenance » et de « praticabilité ». La routine de tous les jours, quoi, dans laquelle on se reconnaît. C’est dans un tel contexte que l’on se sent « à la maison ».

2) La fonction de stimulation : l’environnement, par exemple par le biais des employés, peut stimuler la création de rapports sociaux, les loisirs, etc.…

3) La fonction de support : Cette fonction de l’environnement adapté aux personnes âgées fait référence à sa capacité à compenser la baisse d’autonomie des résidents, comme par exemple les unités prothétiques.

Ce gérontologue est l’un de ceux qui a développé ce que l’on appelle la « gérontologie environnementale » dont les travaux ont porté notamment sur l’environnement de la maison privé, l’environnement planifié et la décision d’aller en résidence (1).

Pourquoi parler des fonctions de base de l’environnement ? Simplement pour illustrer un fait bien connu, à savoir que, dans certains cas, des problèmes d’ordre administratifs ou autres peuvent facilement porter préjudice à ces trois fonctions.

Voici par exemple deux cas très intéressants (et sans doute représentatifs) de plaintes qu’a reçues récemment le Protecteur du citoyen (1) (2). Dans les deux cas, une vieille dame a passé un certain temps à l’hôpital et il a été décidé, compte tenu de l’état de santé de ces dernières, qu’elles ne pourraient plus retourner chez elles. C’est ainsi que dans les deux cas, une intervenante (l’une travaillait pour un CSSS l’autre pour un CLSC) s’est chargée de trouver une résidence qui correspondait aux besoins de la vieille dame dont elle avait la charge.

Or ces deux vieilles dames avaient des moyens modestes si bien qu’on leur a offert une allocation directe provenant du CSSS dans le but de défrayer une partie du loyer. Et dans les deux cas, le montant qui a été fixé au début a été modifié à la baisse. En effet, l’une des vieilles dames s’est vue baisser son allocation

(…) en raison de l’application plus stricte des critères d’attribution : selon la règle, le programme prévoit en effet que l’aide doit servir à payer des services requis par l’état de santé et non la dimension « gîte et couvert ». (1)

Tandis que pour l’autre, c’est

Lors de la réévaluation de l’autonomie de cette citoyenne, un an plus tard, (que) le CSSS a révisé le montant de l’allocation à la baisse, car les règles avaient été resserrées (2).

Notons en passant que dans les deux cas, la baisse de l’allocation résulte d’un « resserrement » des règles. Toujours est-il que les conséquences de ces coupures pour ces deux veilles dames étaient importantes : elles devaient quitter la résidence. Si bien que les enfants de ces deux vieilles dames ont porté plainte au Protecteur du citoyen. Dans les deux cas, l’un des points allégués pour soutenir leur plainte étaient précisément que toutes ces histoires allaient occasionner un stress important pour des personnes fragilisées :

À présent, la situation risquait d’occasionner un stress important à une dame âgée alors que celles-ci avaient trouvé l’environnement stimulant et sécuritaire qui lui convenait. (1)

Concernant la mère de la plaignante, il apparaissait clairement qu’un changement de milieu de vie allait constituer un bris de continuité de services pouvant nuire à sa santé et à sa qualité de vie. (2)

Du coup, on voit que de tels bouleversements dans la vie de ces deux personnes vivant déjà dans une RPA rendent difficile la mise en place des fonctions de l’environnement décrites plus haut…

De plus, outre le resserrement des règles, qui ne furent pas à l’avantage des deux vielles dames, on peut noter que les plaintes qui ont été faites par leurs enfants au Protecteur du citoyen portent toutes les deux en partie sur un manque d’information :

Le fils a fait valoir au Protecteur du citoyen que c’était précisément sur la recommandation de l’intervenant du CSSS que sa mère avait opté pour la ressource d’hébergement en question après que cette intervenante l’eût inscrite au programme d’allocation. Il n’avait jamais été question que l’aide soit temporaire. (1)

(…) au moment du transfert de l’usagère du centre hospitalier de la résidence, la citoyenne et sa mère n’avaient pas eu accès à toutes les informations nécessaires pour faire un choix éclairé. Elles ne connaissaient pas l’existence de ressources intermédiaires d’hébergement public, n’avaient pas eu d’explication concernant la base du calcul de l’allocation financière, et elles ne savaient pas que celle-ci pouvait être temporaire ou modifiée (2)

Si vous lisez ces deux documents, vous constaterez que ces histoires se sont terminées à l’avantage des deux vieilles dames qui ont pu rester dans leur résidence… Et on peut supposer sans trop de risque de se tromper que ces cas ne sont pas isolés…

Ce que nous voulons noter ici c’est que ce n’est pas la première fois que des propriétaires nous racontent des cas de ce genre. Ce qu’ils tentent de rappeler aux autorités, c’est que, pour les cas où un ou un(e) résident(e) aurait besoin d’une telle allocation pour pouvoir vivre dans leur résidence, il est moins dispendieux d’héberger une personne dans une RPA que dans un CHSLD. Ils se demandent donc pourquoi les allocations ne sont pas offertes plus souvent pour les résidents en RPA.

Et cette remarque nous semble d’autant plus justifiée que le Protecteur du citoyen lui-même a noté que de nombreuses personnes résidant dans un CHSLD présentent un niveau d’autonomie qui, en principe, justifierait un hébergement ailleurs que dans un CHSLD, soit dans un endroit accueillant des personnes en moins lourde perte d’autonomie (4). Et si l’on se tourne du côté des hôpitaux qui, comme on le sait, accueillent un grand nombre de personnes âgées qui devraient en principe vivre dans un endroit mieux adaptés à leurs besoins, il est intéressant de noter que c’est précisément afin de désengorger les hôpitaux que certaines personnes âgées se sont vues offrir l’allocation directe pour aller vivre dans une RPA :

En 2010, dans un contexte d’engorgement des urgences et de rareté des ressources intermédiaires en hébergement, certains CSSS ont décidé d’intensifier un volet du programme d’allocation directe afin de permettre à des usagers incapables de retourner vivre à domicile de s’installer dans une ressources privée certifiée dotée des services requis par leur état de santé (2)

Mais on est en droit de se demander à quoi sert cette initiative (tant pour ces résidents que pour le système de santé dans son ensemble) si ces personnes voient par la suite baisser leur allocation suite à une application plus stricte des critères d’attribution et à la réévaluation de leur niveau d’autonomie…

Ainsi, comme le disent plusieurs propriétaires de RPA, le programme d’allocation directe devrait être développé de façon à favoriser l’accès des personnes qui, selon leurs besoins, auraient tout intérêt à aller vivre dans une RPA plutôt que partout ailleurs…

Il serait bon que des histoires comme celles-ci soient recueillies, afin d’en faire un bilan qui permettrait d’améliorer le programme. Et pour ce faire, encore une fois, les gestionnaires de RPA, qui ont connu des résidents qui ont vécu la même histoire, devraient donner leur avis.

REFERENCES

(1) Voir WAHL, Hans-Werner et Gerald D. WEISMAN, « Environnemental Gerontology at the Beginning of the New Millenium : Reflections on Its Historicial, Empirical, and Theoretical Development », The Gerontologist, Vol. 43, No.5, pp. 616-627.

(2) Le Protecteur du citoyen, « Surprise: coupure d’allocation! »,
http://www.protecteurducitoyen.qc.ca/dossiers-et-documentation/les-capsules-du-protecteur-du-citoyen/capsules-du-mois/index.html?tx_ttnews%5Btt_news%5D=1422&cHash=2785debc8d6be1e3ff3d19cf60c852a9

(3) Le Protecteur du citoyen, « Respecter les ententes prises avec les usagers »,
http://www.protecteurducitoyen.qc.ca/dossiers-et-documentation/conclusions-denquete/detail/index.html?no_cache=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=1533&cHash=271e11d733e7124dd0adc4b4af0349e3

(4) Protecteur du citoyen, Chez soi : toujours le premier choix ? L’accessibilité aux services de soutien à domicile pour les personnes présentant une incapacité significative et persistante, Québec, 30 mars 2012.
http://www.protecteurducitoyen.qc.ca/fileadmin/medias/pdf/rapports_speciaux/2012-03-30_Accessibilite_Soutien_domicile.pdf


QUAND UN RÉSIDENT DISPARAIT DE LA RPA…
Pierre Tardif
 

U

n article très récent fait état de la triste situation des personnes âgées dans le monde qui, selon une étude récente, ont de plus en plus tendance à se suicider. Le chercheur qui est l’auteur de l’étude s’exprime ainsi :

Nos personnes âgées ont perdu beaucoup de leur pourvoir d’achat depuis 2000 et ont de la difficulté à arriver. Je crois que nos aînés, malades, isolés et sans source de revenus suffisante, prennent des décisions extrêmes pour éviter de devenir un fardeau pour leurs enfants dans une société de plus en plus vieillissante (1)

Est-ce tout ? On peut supposer que les causes de suicides peuvent être variées, mais que, dans le contexte du vieillissement de la population, les RPA auront de plus en plus à tenir compte du mal d’être de leurs résidents. La question est donc de savoir jusqu’où doivent s’étendre les obligations des RPA en face d’un problème qui nous semble d’abord un problème de société…

Or tout récemment, le coroner a remis les résultats de son enquête portant sur la mort d’une dame de 60 ans qui, en décembre dernier, avait quitté la résidence où elle vivait depuis peu et a été retrouvée morte dans une grange, quelques jours plus tard. Le coroner a conclu que si la cause du décès était l’hypothermie, il s’agissait selon lui d’un suicide ; en effet,

À une centaine de mètres de ce lieu d’entreposage, il y avait une maison où elle aurait pu aller chercher de l’aide si elle jugeait que sa vie était en danger(…). Sa porte de sortie était tout près, et pourtant, elle a choisi de ne pas la prendre. Compte tenu des renseignements que je détiens, j’ai déterminé que cette femme a choisi délibérément de s’isoler dans ce bâtiment (2)

Disons tout de suite qu’aucun blâme n’a été porté à la résidence qui hébergeait la dame. À ce sujet, le journaliste Mathieu Boivin, qui a discuté avec le coroner, cite les paroles de ce dernier :

Le personnel de la résidence a accompli un travail impeccable auprès de cette dame (…). Je n’ai aucune récrimination à leur faire. C’est un endroit qui a une excellente réputation et qui n’a rien à se reprocher dans le décès de cette dame (2)

Il n’empêche que des cas de ce genre, soit la disparition d’un(e) résident(e), n’est pas si rare dans les résidences d’aînés, même s’ils ne se terminent pas toujours par un décès. Il ne s’agit pas ici de revenir sur cette triste histoire, mais il nous semble que certains éléments de cette histoire nous permettent de saisir les limites d’une RPA à veiller sur ses résidents. En effet, de nombreux commentaires tirés des articles consultés confirment que cette RPA, accueillant des personnes autonomes et semi-autonomes, n’avaient aucun droit d’empêcher ses résidents de sortir quand ils le désirent :

Comme il s’agit d’une résidence pour personnes autonomes et semi-autonomes, les résidants sont responsables de leurs allées et venues (3)

Ce que confirme à sa façon le propriétaire de ladite résidence

C’est une résidence de personnes autonomes, ce n’est pas une prison, ce n’est pas une aile psychiatrique, ce n’est pas une aile d’Alzheimer. C’est un milieu de vie ou les gens sont libres d’entrer et de sortir quand ils le veulent (4)

Cela dit, cette triste histoire nous rappelle encore une fois que le vieillissement de la population nous oblige à revoir toute l’organisation entourant les personnes âgées fragilisées, même si cette dame n’était pas si âgée que cela !

Les articles consultés nous la décrivent comme une personne souffrant de dépression. Le coroner fait d’ailleurs remarquer qu’elle pensait au suicide

Son mari étant mort en 2010, Mme Sévigny souffrait notamment de solitude et présentait une situation financière précaire. Elle prenait des médicaments pour traiter son état, mais elle avait tout de même tenu des propos suicidaires dans les jours précédent son décès. La veille de sa disparition, elle avait même signé un pacte de non suicide (2)

C’est ainsi que la dame s’est retrouvée dans cette résidence, « pour se reprendre en main » (3). Lors de son départ de la résidence, elle n’y habitait que depuis peu et il semble qu’elle n’ait entretenu que peu de rapports avec les employés et les résidents. Mais la dame aurait quand même averti un employé qu’elle ne viendrait pas dîner. Elle serait partie, croit-on, pour revenir chez elle, bien qu’il semble qu’elle n’ait pas parlé de son désir à personne, comme le confie son fils à un journaliste :

C’était un nouvel environnement pour elle. C’était pas vraiment ces questions là, on essayait de l’arranger et de la meubler pour la résidence. On était en train de l’installer pour essayer de vivre son nouveau rythme de vie (5)

Un autre résident l’a également décrite ainsi : Elle avait l’air d’une dame qui ne se mêlait pas vraiment au monde. Elle jouait aux cartes, mais elle ne parlait pas beaucoup » (3).

Et si les parents de la dame et les autres résidents ignoraient ses projets, comment le propriétaire et les employés auraient pu les connaître ? Le propriétaire, d’ailleurs, affirme qu’il ignorait que la dame se remettait d’une dépression.

Selon lui, Mme Sévigny était tout à fait lucide. Ni la famille ni l’hôpital oû elle avait été traitée ne lui avaient fourni d’indications particulières sur son état de santé (3)

Lorsqu’une personne est dépressive, voire même suicidaire, on rappelle que la communication est essentielle, que ce soit dans une RPA ou ailleurs. Et on sait qu’il n’est pas toujours facile d’établir cette relation en si peu de temps, car la dame n’habitait que depuis peu à la résidence.

Ce qui nous frappe aussi dans cette histoire, c’est la participation de la communauté à la recherche de la dame. En effet, non seulement la police mais aussi plusieurs bénévoles ont participé à la recherche. Bien plus, les résidents des autres villages ont aussi été invités à y prendre part.

Qu’elle est notre conclusion sur cette triste histoire?

Premièrement, la résidence n’a pas été mise en cause, puisqu’il ne s’agit pas d’enfermer des résidents autonomes dans une RPA. Lorsqu’il y a une disparition dans une RPA accueillant des personnes autonomes, ce n’est pas toujours la faute de la RPA.

Deuxièmement, il demeure extrêmement difficile de déceler le mal d’être chez une personne, jeune ou âgée (puisque cette dame n’avait que 60 ans), que ce soit dans une RPA ou ailleurs. Ce qui nous autorise tout de même à penser qu’un effort particulier devrait être mis de l’avant pour développer des techniques permettant précisément de le déceler, et pas seulement par les gestionnaires de RPA mais aussi par les proches, les autres résidents, les employés, voire même les membres de la communauté ! Encore ici, développer des moyens de communication permettant des échanges entre tous ces gens nous semble être une des solutions. Pensons simplement à « Parents secours » qui développe son volet aînés, afin de « (…) sécuriser le quartier de concert avec les services policiers » (6). N’est-ce pas un moyen non seulement de sensibiliser mais aussi de responsabiliser la population ?

Et troisièmement, si de nombreux pays vivent ce qu’un journaliste appelle une « véritable crise du troisième âge », affichant des taux de suicide très élevés chez les personnes de 65 ans mais que d’autres pays, dont le Canada, « échappent pour l’instant au phénomène » (1), il nous semble qu’il ne faut pas attendre d’être dans cette situation pour réfléchir au problème.

REFERENCES

(1) NORMANDIN, Pierre-André, « Les personnes âgées s’en tirent mieux ici qu’ailleurs dans le monde »,
http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201209/09/01-4572473-les-personnes-agees-sen-tirent-mieux-ici-quailleurs-dans-le-monde.php

(2) BOIVIN, Mathieu, « Mort de Jeanine Sévigny : aucun blâme à la Villa Laurence »,
http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201207/23/01-4558295-mort-de-jeannine-sevigny-aucun-blame-a-la-villa-laurence.php

(3) MATHIEU, Annie et Marie-Pier DUPLESSIS, Disparition à Laurier-Station : bénévoles et policiers à pied d’œuvre,
http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201112/26/01-4480951-disparition-a-laurier-station-benevoles-et-policiers-a-pied-doeuvre.php

(4) DUPLESSIS, Marie-Pier et Olivier Parent, « Triste fin pour la famille Sévigny »,
http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201112/28/01-4481308-triste-fin-pour-la-famille-sevigny.php

(5) PARENT, Olivier, « Jeanine Sévigny retrouvée morte : « Je veux pas nécessairement comprendre » dit son fils,
http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201112/28/01-4481307-jeannine-sevigny-retrouvee-morte-je-veux-pas-necessairement-comprendre-dit-son-fils.php

(6) TRAHAN, Brigitte, « Parents-secours veut développer son volet aînés » http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201109/20/01-4449344-parents-secours-veut-developper-son-volet-aines.php

LA POLITIQUE, LA RELIGION ET L’ « ISOLEMENT » DES RPA…
La politique…
Pierre Tardif

U

ne vieille dame habitant dans une RPA, s’est récemment confiée à un journaliste :

J’aimais assister aux assemblées politiques avec mon mari (…). Quand il est parti, j’ai cessé d’y aller. Je trouvais cela gênant, d’autant plus qu’on disait que les femmes n’y avaient pas leur place. Pourtant, on est aussi intelligentes que les hommes (1)

Évidemment, comme dans toutes les classes d’âge, certaines personnes âgées se déclarent peu intéressées par la politique. Mais ces propos, relevés peu avant les dernières élections, nous rappellent la génération de cette vieille dame (elle a 86 ans), aux temps où la politique occupait les discussions de bien des gens comme aujourd’hui. Et il nous semble intéressant de noter que, pour aider les aînés à voter, certains bureaux de votes ont été installés dans des RPA. Ainsi apprend-on par exemple que 81 823 électeurs, ont exercé leurs droits de vote

(…) dans l’un ou l’autres des bureaux aménagés dans les résidences pour personnes âgées, avec des problèmes de mobilité ou encore depuis leur maison. Sur ces 81 000 électeurs, 65 555 personnes ont enregistré leur vote les 26 et 27 août dans une installation d’hébergement reconnue (2)

Ainsi, toujours selon le journaliste,

Les résidences pour personnes âgées, surtout quand elles comptent un bureau de vote sur place (…), sont une étape incontournable sur la route des différents candidats. En une visite rapide, ils s’assurent de rencontrer des dizaines d’électeurs qui iront presque assurément voter. Du bond bord. (1)

Mais selon l’une des vieilles dames interviewées par le même journaliste,

Ils viennent nous voir tout juste avant l’élection et, après, on ne les revoit plus. Et si on tient à les revoir, ils sont toujours occupés (1)

La période des élections étant terminée depuis peu, force est de constater qu’à part des visites d’inspection (pour la certification qui est pourtant une initiative gouvernementale) les RPA font rarement l’objet de tant d’attention en dehors des périodes électorales ! Il semblerait qu’en temps normal, les RPA soient quelque peu oublié, voire « isolées »…

La religion…

Une preuve supplémentaire de l’ « isolement » des RPA, se trouve dans une autre activité qui touche les personnes âgées d’aujourd’hui, à savoir la religion. À un marguillier qui déplore que les églises sont pratiquement vides le dimanche et que l’argent manque pour les rénover, un monsieur répond :

(…) Avez-vous pensé que la population est très vieillissante? Sinon, peut-être pourriez-vous visiter les résidences pour personnes âgées, non pas celles où vivent les plus nantis, mais (…) toutes les résidences privées où vivent des personnes âgées qui souffrent d’Alzheimer, de traitements pour le cancer, etc. Vous pourriez au moins constater que ce n’est pas l’intention qui manque, mais bien la maladie qui nous affecte et j’en sais quelque chose (3)

Ainsi, dans un contexte politique oû tous les groupes et individus recherchent des subventions, au lieu d’investir de grosses sommes d’argent pour rénover les églises, ce monsieur propose quelque chose de radical :

(…) avant de penser à des sommes fabuleuses pour la rénovation d’édifices patrimoniaux, il faudrait surtout les dépenser pour les maisons d’ou l’on soigne de grands malades. Le pavillon Leclerc, La maison Carpe Diem, etc. (3)

L’ « isolement » des RPA

Que dire de tout ceci ? Selon nous, cela témoigne une fois de plus que les RPA ont un rôle à jouer dans un contexte de vieillissement de la population, et pas seulement celui d’être un toit pour les personnes âgées, puisqu’elles sont aussi le lieu où la politique et la religion peuvent être vécues par les résidents, puisque l’un des mandats d’une RPA est justement d’aider les résidents à s’affirmer, de permettre en quelque sorte leur empowerment. D’ailleurs, ne disions-nous pas jadis que la politique était une religion? Mais encore faut-il que la politique ne soit pas uniquement vécue lors des élections et que la religion, qui était vécue par tous ces gens dans les églises lorsqu’ils étaient assez en forme pour le faire, soit favorisée d’une autre façon.

Et en ce sens la proposition de ce monsieur d‘investir dans ces lieux qui accueillent désormais les personnes âgées fragilisées plutôt que dans les églises puisque plusieurs pratiquants âgées ne peuvent plus s’y rendre, est une idée qui (qu’on soit d’accord ou pas avec elle) nous semble être la manifestation d’une toute nouvelle façon de penser et de gérer les ressources, en fonction des changements sociaux liés au vieillissement de la population, et dans un contexte où les RPA ont un rôle essentiel à jouer.

Mais comme nous le disions plus haut, il nous semble que malgré tout ce que l’on dit sur les RPA, celles-ci n’en demeurent pas moins « isolées », en ce sens que peu de réflexions portent sur les besoins des RPA, sur les supports dont elles auraient droit compte tenu de la tâche qui leur est dévolue. C’est en tout cas ce que nous suggèrent ces propos de Mathieu Duguay :
« Le RQRA invite ses membres à être présents à ces cocktails avec les ministres étant donné que nous avons de gros enjeux avec l’État. Il faut être présent à ces rencontres pour faire part des préoccupations de l’industrie et faire avancer nos dossiers. (4)

Ainsi, il semble que les RPA doivent encore aller au devant de l’État pour faire connaître leurs besoins. Mais il serait peut-être bien que l’État, de plus en plus au fait de la valeur des RPA, aille à son tour au devant des RPA et pas seulement durant la période des élections, des visites d’inspection... ou des cocktails !

REFERENCES

(1) DUQUETTE, Patrick, « Ils travaillent tous pour leur poche »,
http://www.lapresse.ca/le-droit/dossiers/elections-quebecoises-2012/201208/23/01-4567502-ils-travaillent-tous-pour-leur-poche.php

(2) Presse canadienne, « Élections : 16,6% d’électeurs ont voté par anticipation » http://www.lapresse.ca/actualites/elections-quebec-2012/201209/01/01-4570404-elections-166-delecteurs-ont-vote-par-anticipation.php

(3) VINCENT, Bernard, « Problème de vieillissement »,
http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/opinions/201208/21/01-4566821-probleme-de-vieillissement.php

(4) CAMERON, Daphné et Francis VAILLES, « Résidences pour aînés : le PQ s’étonne de dons au PLQ »,


http://www.lapresse.ca/actualites/elections-quebec-2012/201209/01/01-4570352-residences-pour-aines-le-pq-setonne-de-dons-au-plq.php