PARUTION DU NOUVEAU RAPPORT DE LA SCHL : QU’EN EST-IL DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE DANS LE MONDE DES RPA ?
 
Qu’est-ce qui se cache derrière le taux d’inoccupation ?

L a parution du Rapport de la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) sur les résidences pour personnes âgées est toujours un événement dans le monde des RPA. Les médias s’affairent à le décortiquer et les spécialistes utilisent ses données dans leurs propres travaux. Et pour cause : Avouons qu’il y a peu d’ouvrages traitant spécifiquement des RPA au niveau national, provincial et régional et qui suit le marché avec autant de constance. Pour ceux et celles qui désirent consulter ce rapport, rendez-vous sur le site de la SCHL en suivant le lien cité ici-bas. (1)

Il vous est aussi loisible de consulter les articles de journalistes résumant les résultats du rapport. De façon générale, on parle du taux d’inoccupation et du taux de pénétration, soit la proportion de personnes âgées de 75 ans et plus habitant dans les résidences pour personnes âgées. N’étant pas économisme, il nous est difficile de pousser plus loin l’analyse. Mais il nous semble que l’une des forces du rapport de la SCHL est précisément de pouvoir faire des comparaisons : entre les zones urbaines et entre les régions, entre les zones urbaines et les régions. Le rapport de la SCHL nous rappelle que les mouvements, les vagues pourrait-on dire au niveau du marché des RPA, ne sont pas partout pareilles. Qu’est-ce qui se cache derrière le taux d’inoccupation ? Concentrons-nous sur le Québec et voyons quelques informations et pistes de réflexions que l’on peut en tirer…

La stabilité du marché

Premièrement, qu’entend-on par stabilité ?
Lorsque les rédacteurs du rapport parlent de la stabilité du taux d’inoccupation, on note que si le marché est « stable » c’est parce qu’il a peu changé par rapport à l’an dernier:

Le taux d’inoccupation des places standards (places nécessitant moins d’une heure et demie de soins par jour) a peu varié au Québec en 2012. (…) Comme l’an dernier, cette stabilité découle d’une stagnation de la demande et de l’offre (1) (p.3)

Plus précisément, une journaliste nous en apprend plus au sujet de cette stagnation :

Le marché de la résidence privée pour aînés, surtout autonome, stagne ayant atteint un certain équilibre entre l’offre et la demande (3)

Le marché est donc stable parce qu’il ne bouge pas ; il stagne. On pourrait ajouter qu’il stagne à un niveau plus bas que dans le passé, puisqu’il il a baissé par rapport aux années 2000-2010. Il faudra atteindre le moment oû « la génération des baby boomer atteigne l’âge d’investir les résidences et qu’un développement important soit à nouveau à prévoir ' (3).

Mais une autre journaliste fait une remarque qui n’est pas non plus dénuée de bon sens :

Ce creux statistique serait encore perceptible pour trois ans environ mais au terme duquel on devrait voir une baisse importante du taux d’inoccupation avec l’entrée en résidence des boomers… à la condition bien sûr qu’ils acceptent d’aller vivre dans ce type d’établissement. Cette génération n’ayant jamais rien fait comme les autres, et ce dans tous les domaines de la vie, on ne risque pas à faire des prédictions du côté de la SCH L, sinon du bout de lèvres (5)

Mais encore une fois, gardons-nous de généraliser. Ce qui est intéressant, c’est évidemment de comparer les régions métropolitaines de recensement (RMR) pour constater que derrière cette stabilité se cache une grande diversité. Par exemple, si Québec a un taux d’inoccupation de 5.2% Gatineau atteint pour sa part 17,6. D’où l’intérêt de comparer, ce qui permet peut-être de nuancer. Vous pourrez vous forger votre propre idée en consultant les chiffres et tableaux contenus dans le rapport. Mais qui a-t-il derrière le taux d’inoccupation sinon les rapports entre la demande et l’offre ? Regardons-les successivement…

Qu’en est-il de la demande ?

Comme il a été dit précédemment, on attend les baby boomers pour assister à une remontée de la demande. Mais plus particulièrement, le rapport explique la situation actuelle par les points suivants (1) (p.3):

  1. Le ralentissement démographique
  2. Les nouveaux produits substituts
  3. Le marché locatif traditionnel
  4. L’apport de la copropriété

Mais on ne peut généraliser. Le rapport souligne d’ailleurs les différences que l’on peut retrouver d’une région à l’autre :

Il est à noter qu’au sein de ces régions l’état de marché peut varier grandement. Ces différences s’expliquent, entre autres, par les préférences et contraintes des aînés dans les différents quartiers, ainsi que par les possibilités de développement dans ces mêmes quartiers. Aussi, la faible volonté (et capacité) des aînés de migrer d’un quartier à l’autre est également notable (1) (p. 3)

Ainsi, par exemple, pour le cas de Gatineau, le taux d’inoccupation (qui est pourtant le plus élevé du Québec) aurait quelque peu diminué. La raison en serait la stabilité de l’offre jumelée à une augmentation de la demande provenant des ménages de 75 ans et plus (1) (p.4).

Par ailleurs, on pourrait ajouter qu’une étude récente portant sur les personnes âgées de la région de Joliette soulignait une distinction majeure entre les aînés des villes et ceux des campagnes,

Divers éléments relevés dans la littérature plus récente illustrent l’hétérogénéité du groupe social des personnes âgées de 65 ans et plus. Le « retraité rural » ne correspond pas au nouveau modèle du « retraité actif et citoyen » (…) la retraite en milieu rural ne marque pas de rupture comme en milieu urbain et constitue une continuité : les retraités maintiennent des activités jardinage, de bricolage ; leur implication dans les conseils municipaux et les associations n’est pas déterminée par la retraite, les loisirs ont un ancrage territorial, les gens partant rarement loin de leur lieu de résidence (4) (p. 353)

Quelques comparaisons révélatrices au niveau de l’offre…

Il est intéressant de voir quels sont les critères qui permettent à la SCHL d’analyser le marché des RPA: le prix des logements, les statistiques concernant les types de logements (chambres individuelles et semi-privées, studios, appartements à 1 et 2 chambres), les mises en chantier… Autant d’informations qui nuancent grandement les conclusions plus générales.

Par exemple, dans la RMR de Montréal, il semble que la location d’appartements de 1 chambre soit restée stable tandis que la location de chambres individuelles et d’appartements de 2 chambres aurait baissé. Mais il est possible de faire une observation encore plus fine en constatant que dans la même région, il y a une grande différence d’un secteur à l’autre. Par ailleurs, si l’offre est restée stable à Gatineau, il semble qu’elle aurait augmenté dans les RMR de Trois-Rivières et du Saguenay.

Quant aux mises en chantier, prenons l’exemple de Trois-Rivières. Une journaliste souligne que « l’arrivée de deux résidences majeures, soit le Coin Saint-Paul et le Belvédère qui est venue augmenter de façon importante, l’offre d’hébergement pour les personnes du troisième âge » (5) ce qui n’est pas pour régler le problème du taux d’inoccupation. En effet, il semble que dans cette région, les chambres individuelles, les studios et les appartements de un et deux chambres ont vu leur taux d’inoccupation bondir durant la dernière année. Quel sera l’avenir de cette région en matière de RPA ? Une statisticienne interviewée par la journaliste s’exprime ainsi :

Il pourrait y avoir des agrandissements de résidences déjà construites mais seulement après avoir vu comment se déroule la location des premières phases. Il faudra vraiment avoir de bonnes études de marché pour bien répondre à la demande des boomers. Ils sont une énigme. On ignore encore si les produits déjà sur le marché vont leur plaire. Chaque génération a ses particularités. Vraiment, il faudrait être devin pour le savoir (…) c’est évident qu’il y a des résidences qui vont mieux tirer leur épingle du jeu que d’autres » (5)

Cette remarque peut sembler un peu négative. Mais retenons l’importance que cette statisticienne accorde aux études de marché, qui sont ciblées sur un milieu en particulier et non sur une tendance générale.

Conclusion

Bien sûr, il y a de nombreux aspects des RPA qui ne sont pas traités dans le rapport. Le monde des RPA est complexe et de nombreux travaux et réflexions sont nécessaires pour rendre compte de la réalité de l’habitation pour aînés. Ce que nous voulions souligner ici c’est la valeur d’un tel ouvrage lorsque l’on veut faire des comparaisons : on peut bien sûr faire des comparaisons dans le temps, révéler des « tendances » puisque le rapport est annuel, ou faire des comparaisons dans l’espace : par exemple d’une province à l’autre ou d’une région à l’autre… Mais il est aussi important de considérer chaque région en particulier voire chaque résidence en particulier. C’est l’apport de ces différentes sources d’informations qui, nous semble-t-il, permet d’avoir une vue globale sur le marché des RPA.

REFERENCES

(1)
http://www.cmhc-schl.gc.ca/odpub/esub/65989/65989_2012_A01.pdf

(2)
http://www.cmhc-schl.gc.ca/odpub/esub/61502/61502_2012_Q02.pdf?fr=1342020919180

(3) DAOUST-BOISVERT, Amélie, Aînés : le marché de la résidence privée stagne
http://www.ledevoir.com/societe/sante/353359/aines-le-marche-de-la-residence-privee-stagne

(4) THERIAULT, Julie et Isabelle ROUSSEAU, « Vieillir dans sa communauté rurale », dans Dans CHARPENTIER, M., GUBERMAN, N., BILLETTE, N., LAVOIE, J.-P., GRENIER, A., OLAZABAL, I., (dir.), Vieillir au pluriel, perspectives sociales, Collections problèmes sociaux, interventions sociale, PUQ, 2010,pp. 349-367.

(5) PLANTE, Louise, « le taux d’inoccupation à la hausse »,
http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/economie/201206/27/01-4538627-le-taux-dinoccupation-a-la-hausse.php


LE PUBLIC EST-IL SUFFISAMMENT INFORMÉ SUR LES RPA DU QUÉBEC ?
Pierre Tardif
 

D

ans son rapport sur les ressources d’hébergement (1), le Vérificateur général souligne que le Québec, contrairement à d’autres administrations publiques, ne diffusent pas adéquatement pas les informations sur la qualité des ressources et la satisfaction des usagers. Il cite en particulier l’Ontario, l’Allemagne et les États-Unis qui diffusent de telles informations sous la forme de rapports (p. 33)

Une information déficiente

De fait, pour le Québec et concernant plus spécifiquement les CHSLD (mais n’omettant pas les résidences pour personnes âgées et autres types de RPA qui font l’objet de certains commentaires) le Vérificateur général s’exprime ainsi :

Les résultats des évaluations sont très peu communiqués au public. À l’exception des certificats d’agrément qui sont affichés à l’entrée des établissements, le citoyen n’est pas en mesure d’apprécier la qualité des soins et des services offerts et de comparer les ressources d’hébergement. Les résultats les plus accessibles sont ceux relatifs aux visites ministérielles en CHSLD, mais ils ne sont pas présentés sous forme d’indicateurs. De plus, les sujets des visites varient dans le temps et sont donc difficilement comparables. Les établissements ont l’obligation, depuis juin 2011, de diffuser les rapports d’agrément, notamment sur leur site Web, de même que leur rapport annuel de gestion (p. 33)

Le Vérificateur général suggère l’utilisation d’un tableau regroupant l’ensemble des informations afin d’avoir une vision plus claire de la situation et de faciliter le suivi ; car, présentement,

la compilation de l’ensemble de l’information sur la qualité – résultats de l’agrément, des visites ministérielles et de la certification, plaintes reçues par les commissaires aux plaintes et le Protecteur du citoyen, indicateurs suivis par les établissements, information contenue dans les registres des accidents et des incidents – donnerait une image plus juste de chaque installation (p. 33)

Ces deux citations nous rappellent un fait qui est simple à définir mais difficile à mettre en œuvre. Il faut en premier lieu élaborer une méthode de cueillettes de données et d’autre part, présenter les données une fois recueillies d’une façon claire et synthétique. Voyons quelques observations du Vérificateur générale sur ce que nous appellerons ici la « cueillette des données et la « présentation des résultats ».

La cueillette de données

Selon le Vérificateur général, il faudrait revoir le processus de contrôle. Il note par exemple que pour des services d’hébergement similaires, les modes de contrôle peuvent varier :

Les mesures de contrôle varient en fonction du type d’établissement même si certains d’entre eux offrent des services à une clientèle semblable (p.31)

Et pour certains services, le processus de contrôle semble nettement déficient, comme pour le cas des projets novateurs. Mais comment peut-on effectuer un bon contrôle des services d’hébergement ? De façon générale, le Vérificateur général utilise des termes qui peuvent nous aider à répondre à cette question, tels qu’une « surveillance suffisante et adéquate ». Il parle également de « la fréquence et la nature des contrôles effectués » (p.30).

Dans les faits, le Vérificateur générale décrit deux types de mesures mises en place pour effectuer le contrôle de la qualité :

  1. La surveillance d’activités particulières
  2. L’appréciation globale

Dans le premier cas, il s’agit d’aborder les plaintes. Dans les CHSLD, cette tâche est dévolue aux comités de vigilance et de gestion des risques. Dans le deuxième cas, on parle plutôt des visites d’appréciation et de la rédaction d’un rapport et du permis de CHSLD.

Voilà en gros comment fonctionne le système. Mais toutes ces méthodes ne semblent pas porter fruit. Le Vérificateur général note en effet des lacunes importantes. Nous vous invitons à prendre connaissance du rapport pour plus de détails (p. 31). Mais voici quelques éléments généraux:

  • Les visites de contrôle ne sont pas assez fréquentes.
  • Certains types d’établissements ne sont pas ou peu visités : comme les RI et les RTF.
  • Il est difficile de comparer les établissements entre eux car les données recueillies sont trop qualitatives.
  • Les résidences privées pour personnes âgées qui ont un contrat avec le secteur public (achat de place) n’ont pas de permis pour accueillir la clientèle moins autonome qu’on leur confie.
  • Etc.

Comme on le voit, il reste du travail à faire afin de développer un système uniforme de cueillette de données qui s’adresse à tous les types d’hébergement pour aînés.

La présentation des données

À ce sujet, le vérificateur général n’est guère plus positif

Les résultats des différents contrôles de la qualité effectués ne sont pas intégrés et tous diffusés, ce qui ne permet pas d’obtenir le portrait global de l’ensemble des ressources d’hébergement ni de les comparer (p.32)

D’où la difficulté d’étudier une RPA en particulier et donc de la comparer à d’autres. On comprend pourquoi le Vérificateur insiste tant sur la diffusion de ces informations au grand public, qui semble l’un des éléments les plus importants : il ne suffit donc pas d’évaluer correctement les RPA, en utilisant des mesures adéquates et dans une fréquence acceptable. Il faut aussi présenter les données recueillies d’une façon claire. D’où précisément la nécessité, selon le Vérificateur général, de produire des tableaux qui regroupent l’ensemble des données concernant une RPA. Cette dernière pouvant par la suite être comparée à d’autres.

Mais comment présenter ces résultats ? L’Ontario publie à l’usage du public, en plus de la qualité des services, des informations pour chaque RPA concernant notamment les chutes et les de plaies de lits, l’Allemagne attribue pour sa part des notes de 1 (très bon) à 5 (faible) en plus de rapports sur la satisfaction des usagers, un peu comme les États-Unis.

Pour le Québec, on pourrait bien sûr parler du Registre des résidences, qui publie une fiche descriptive pour toutes les RPA certifiée (2). Mais il semble évident que les informations sont fragmentaires, du moins si on les compare aux propositions du vérificateur général : il ne s’agit en effet que d’une description sommaire comportant certaines informations générales : nombre d’unités, nombre d’unités vacantes, services offerts, etc… Quant à la qualité, il y a Qualité Logi-être, mais il faut participer au projet. Pour ce qui est des CHSLD, on sait que les visites d’agrément ont des suites et qu’il est possible de consulter les rapports et le suivi.

On pourrait donc résumer tout cela en quelques points :

  1. Quelques informations concernant certains types de RPA sont diffusées mais elles semblent être incomplètes.
  2. Certains types de RPA sont mieux documentés que d’autres.
  3. Certaines informations essentielles à la compréhension d’une RPA ne sont pas diffusées.
  4. Absence de tableaux récapitulatifs résumant l’ensemble des informations essentielles pour chaque RPA.

En conclusion, il nous semble que la remarque du Vérificateur générale, à savoir le manque d’informations diffusées au public est fondée. Pour le cas des résidences privées pour personnes âgées on pourrait se demander à quoi ressemblerait un tableau complet résumant chacune des RPA de la province : pour une RPA donnée, quelles informations essentielles contiendrait ce tableau, et comment serait-il présenté de façon à ce que les gens soient en mesure de le comprendre aisément et de le comparer à d’autres ?

REFERENCES

(1) Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2012-2013. Vérification de l’optimisation des ressources, Printemps 2012 (Chapitre 4 : Personnes âgées en perte d’autonomie. Services d’hébergement)
http://www.vgq.gouv.qc.ca/fr/fr_publications/fr_rapport-annuel/fr_2012-2013-VOR/fr_Rapport2012-2013-VOR-Chap04.pdf

(2) Voir le Registre des résidences pour personnes âgées.
http://wpp01.msss.gouv.qc.ca/appl/K10/K10accueil.asp


UN COMITÉ DE RÉSIDENT… POUR OUVRIR LE DIALOGUE !
Pierre Tardif

Q

uelle langue parle-t-on dans votre résidence ? Le français, l’anglais ou d’autres langues ? Et si on parlait non pas une langue mais plusieurs ? La question mérite d’être posée puisque les RPA sont variées : elles sont de diverses grosseurs et accueillent des résidents de différents niveaux d’autonomie. Mais elles ont toutes entre elles un élément qui les rassemble : elles hébergent des personnes âgées...

Vous avez sûrement entendu parler de cette RPA qui héberge des personnes âgées anglophones et francophones et dont certains résidents appartenant à la seconde catégorie avaient de la difficulté à recevoir des services en français (1). Nous en avons glissé un mot dans une publication précédente pour souligner l’intérêt qu’il y avait à réfléchir à l’organisation d’une RPA qui offre des services dans les deux langues officielles pour éviter qu’elles deviennent des tours de Babel (2).

Or, tout récemment, cette même résidence a fêté la création de son comité de résident. Saluons cette initiative pour plusieurs raisons dont la première est bien sûr de favoriser l’empowerment des résidents.

Une réalité complexe

D’après la vidéo qui relate les modalités de la création du comité, l’un des aspects intéressants nous semble cette nécessité de bien comprendre l’organisation de la RPA. En effet, si l’on veut que le comité réponde adéquatement à sa mission qui est de représenter les individus, il semble évident qu’une réflexion préalable sur la structure de la RPA est nécessaire.

Ainsi, pour ce qui est de la clientèle, le propriétaire dit que sa RPA répond aux besoins de 5 clientèles différentes, soit des personnes âgées

  1. Avec perte d’autonomie.
  2. Avec pertes visuelle.
  3. Avec déficiences physiques.
  4. En santé mentale.
  5. Qui souffre de démences vivant dans une unité prothétique

Mais la réalité est encore plus complexe. En effet, le propriétaire souligne les caractéristiques suivantes : il y a d’une part la dimension de la résidence (200 unités) et « la mixité de la clientèle en terme de langue, de besoins et de culture » (1).

Mais est-ce bien tout ?

Un milieu rassembleur

Une des membres du comité, dont la mère vit dans cette RI depuis une dizaine d’années, lorsque des problèmes se présentaient (car il y en a, comme partout ailleurs) se demandait comment communiquer et à qui s’adresser. Or, pour elle, le comité de résidents est un lieu pour communiquer et pour agir collectivement…

De fait, en plus des résidents eux-mêmes, la conception du comité de résidents doit tenir compte de d’autres éléments si l’on veut qu’il soit représentatif. Ainsi, le propriétaire explique que

La qualité des services que nous offrons dépend principalement d’une collaboration des résidents et des familles, des CSSS et de la ressource (1)

Il faut savoir que cette RPA est une ressource intermédiaire qui a des contrats avec deux CSSS. Et il semble que la collaboration de ces derniers dans l’élaboration du comité fut de mise :

L’idée du comité de résident est née de la semaine des droits des usagers. On a rencontré les commissaires aux plaintes dans le but de sensibiliser les résidents. Et l’une de ces activités était de les intégrer aux comités des usagers (1)

À cela s’ajoute la participation des familles. On sait en effet l’impact que le départ d’une personne âgée dans une RPA a non seulement sur cette dernière mais aussi sur les proches. À un point tel que des recherches sont présentement effectuées afin de faciliter les rapports entre les proches et l’institution (2). Et enfin, soulignons l’importance de la ressource elle-même, comme le dit le propriétaire dans une citation précédente soit ceux et celles qui y travaillent.
Alors, qui sont les membres de ce comité ?

Un lieu d’expérimentation et de réflexion

Le comité étant déjà formé, on peut décrire sa structure. Il est composé :

  1. De résidents bien sûr, qui sont au nombre de 6.
  2. De 3 représentants des familles.
  3. D’une préposée aux bénéficiaires.

Ce qui nous semble intéressant c’est qu’en plus d’être représentatif des différents groupes impliqués d’une façon ou d’une autre dans la structure de la RI, le comité est une forme d’activité en elle-même. Une activité qui est plus fondée sur l’information sur les droits et les devoirs des résidents. Il est en effet intéressant de noter que le service des loisirs semble avoir été impliqué dans la mise en œuvre du comité : on souligne la journée des droits des résidents au moyen de Kiosques d’informations et de présentation ; une conférence a été présentée aux résidents et à leurs proches leur expliquant la structure du comité ; et les résidents ont ensuite été invités à se présenter pour le comité et des élections ont même dû être organisées, et tout cela, nous apprend-on, d’une façon agréable et amusante pour tout le monde.

Et ce que l’on peut ajouter, c’est le dynamisme du comité. Une personne interviewée souligne le professionnalisme manifesté par les organisateurs. Par ailleurs, on remarque la présence d’au moins un « sous-comité » soit les 3 représentants des familles qui se réunissent afin d’organiser un sondage auprès des membres des familles afin de connaître leurs suggestions, leurs inquiétude, etc. La souplesse du comité semble donc être l’une des exigences d’une telle organisation.

Une expérience à suivre

Il y aurait bien sûr de nombreuses questions à poser à tous ces gens qui sont impliqués dans le comité et surtout aux résidents qui sont représentés par celui-ci. L’expérience est à suivre

On notera, dans la vidéo, que toutes les personnes interviewées parlent le français. Et très bien. Certaines d’entre elles parlent le français mais sont, manifestement, anglophones. Alors, on pourrait suggérer une autre innovation : pourquoi, dans le comité des résidents, n’y aurait-il pas une personne représentant chaque résident qui ne parle qu’une seule langue ? Par ailleurs on imagine non seulement des moyens pour entendre ces gens mais aussi pour les informer des résultats des diverses réunions sous la forme par exemple de bulletins ou autres…

De plus, la présence d’un préposée aux bénéficiaires dans le comité nous semble une excellente idée. Si les représentants des familles se regroupent en un « sous-comité » afin de réfléchir sur leur situation particulière en tant que proches des personnes hébergées, il nous semble qu’une réflexion similaire provenant des préposé(e)s serait des plus intéressantes.

On notera l’ouverture que favorise un comité pour les commentaires et les critiques. Parlons donc de critiques constructives en vue du développement du milieu de vie. Car comme dans tout milieu de vie, des problèmes peuvent se présenter. La question est alors non pas de condamner mais de trouver collectivement une solution. Vu sous cet angle, un comité, dynamique et bien implanté dans cette structure complexe qu’est une RPA, ne serait-il pas le reflet de l’organisation toute entière, de sa structure et de son dynamisme ?

REFERENCES

(1) JUANCO, Anne, Un comité de résident aux Pavillons Lasalle,
http://www.arihq.com/default.aspx?page=4&NewsId=146

(2) Voir BRP 61
http://www.richardperreault.ca/brp/61Web.html

(3) Voir par exemple la Chaire en soins infirmiers à la personne âgée et à sa famille Desjardins et en particulier les travaux de la titulaire de la chaire, Francine Ducharme.
http://www.chairedesjardins.umontreal.ca/