LA CERTIFICATION MÈNERA-T-ELLE À DE NOUVEAUX MODES DE GESTION DES RPA?

L ’un des buts d’un bulletin comme celui-ci est de mettre en évidence les multiples points de vue entourant la gestion des RPA, afin de favoriser les échanges et, éventuellement, d’en venir à un consensus au moins sur certains points particuliers. Or les points de vues sont évidemment variés : ceux et celles qui mènent la certification ont-ils la même vision que le gestionnaire de RPA ou ceux et celles qui militent pour les résidents ? La réponse est, évidemment, non !

Et la certification est bien sûr au cœur de nombreux débats. Et l’issue de ces débats devrait sans aucun doute influencer, d’une façon ou d’une autre, le fonctionnement des RPA et donc les méthodes de gestion. Or l’AQDR, représentée par son président, Monsieur Louis Plamondon, posait tout récemment la question suivante :

À quelles conditions la nouvelle certification des résidences apportera-t-elle un niveau de réponses valables sur les enjeux de sécurité. (1)

La question est posée. L’un des intérêts de ce texte nous semble provenir de la variété des sujets traités qui tous, nous semble-t-il sont au cœur de la réflexion et des questionnements entourant la gestion des RPA.

Encore une fois, nous vous invitons à consulter ce document pour vous faire votre propre opinion. Nous ne relevons ici qu’une partie des propos de l’auteur, ceux qui concernent plus spécifiquement la gestion des RPA.

Rappelons en premier lieu les catégories de service qui peuvent être offerts dans une RPA (2)

  • Service de repas
  • Services d’assistance personnelle
  • Soins infirmiers
  • Service d’aide domestique
  • Services de sécurité
  • Services de loisirs

En ne tenant pas compte du service de sécurité, L’AQDR souligne qu’une RPA devrait offrir au minimum trois de ses services et ce nombre devrait grimper à quatre pour le cas des RPA accueillant des personnes semi-autonomes.

Quant à la sécurité proprement dite, il semble que le contrôle que la certification porte sur les RPA ne soit pas suffisant. Ainsi, par exemple, l’AQDR propose que les administrateurs, tout comme les employés se voient vérifier leurs antécédents judiciaires.

Par ailleurs, les comités de résidents et la facturation devraient être fixés « par règlement ». L’AQDR propose d’ailleurs que la facturation soit déterminée à partir d’une évaluation qui «(…) devrait être faite par les structures publiques ou déléguées par elles sans affiliation avec les exploitants», afin d’éviter tout conflit d’intérêt.

Ainsi, pour l’AQDR, il semble que certains éléments qui étaient jusque là la prérogative des seules gestionnaires et propriétaires de RPA, devraient être contrôlés par des instances neutres afin d’éviter les risques d’abus. Le problème des mesures pénales semble d’ailleurs préoccuper l’AQDR pour qui la responsabilité des sanctions devrait être « confiée à une autorité appropriée ».

Maintenant, qu’en est-il des employés ? À l’intérieur des RPA, certains éléments devraient être modifiés. Outre la formation des employés, le ratio du personnel devrait être revu à la hausse pour le cas de RPA hébergeant des cas plus lourds. Et dans ce cas, il faudrait distinguer entre le personnel de surveillance et le personnel de soins, ce dernier augmentant en fonction de l’alourdissement des résidents. Mais le ratio de résidents non autonomes par rapport aux autonomes ne devrait pas dépasser 25%, afin d’éviter les problèmes de mixité.

En somme, la certification, telle qu’elle se présente, ne semble pas suffisante pour assurer un maximum de sécurité aux résidents. Il nous semble que certaines des mesures proposées par L’AQDR s’attachent plus spécifiquement à des questions de gestion, visant des aspects qui, jusqu’à maintenant, étaient à la discrétion des propriétaires et des gestionnaires…

C’est à suivre…

REFERENCES

(1) PLAMONDON, Louis, Connaissance et respect des droits des aînés en résidence. Assemblée des présidents, 2 novembre 2011. À quelles conditions la nouvelle certification des résidences apportera-t-elle un niveau de réponses valables sur les enjeux de sécurité. AQDR, 2011 (non paginé)
http://www.aqdr.org/v_les_ecrits_de/w_louis_plamondon/connaissance_et_respect.pdf

(2) Assemblée nationale, Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière de santé et de services sociaux afin notamment de resserrer le processus de certification des résidences privées pour aînés, Québec, 2011. Voir 346.0.1 art.2 :
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=5&file=2011C27F.PDF


LA QUESTION DU SALAIRE DANS LES RPA: QU’EN PENSENT LES EMPLOYÉS SYNDIQUÉS ?
Pierre Tardif
 

D

ans le cadre des débats entourant les ressources d’habitation pour aînés privées et publiques, la question du salaire en est évidemment une de taille. La disparité entre les salaires offerts dans le secteur public et ceux offerts dans le secteur privé est bien connue. Un travailleur syndiqué explique

Le salaire moyen, toutes classes d’emplois confondues, est de 12,88 $ de l’heure. Les personnes ne demeurent pas dans ce secteur longtemps. La moyenne d’ancienneté n’est que de 4 ans (3)

Un employé d’une RPA syndiquée du Bas St-Laurent mentionne qu’il y travaille depuis 9 ans et que son salaire est de 11,90 l’heure (5). La CSN réclame un salaire un salaire de 12,75$ de l’heure à l’embauche (6).

Faible salaire, roulement élevé de personnel… À cela s’ajoute, semble-t-il, le peu d’intérêt que manifestent les jeunes pour le métier. Il semble que dans le Bas Saint-Laurent, la moyenne d’âge des employés (surtout des femmes) est de 44 ans(5).

À ce sujet, des propriétaires de RPA privées soulevaient que certains de leur employés partaient pour travailler dans un centre d’hébergement public dès que l’occasion se présentait. Certains d’entre eux disaient même qu’offrir une formation à leurs employés ne donnerait rien, car, sitôt le diplôme en poche, ils quitteraient la RPA !

Par contre, il n’y a pas très longtemps, un autre propriétaire nous faisait remarquer que certains de ses employés avaient tenté l’aventure d’aller travailler dans le secteur public et étaient revenus travailler à sa résidence quelques semaines plus tard. La raison, selon ce propriétaire, était la suivante : si les salaires sont effectivement plus élevés dans le milieu public, la charge de travail, compte tenu de la perte d’autonomie élevée des résidents est aussi beaucoup plus élevée. Ainsi, pour certains employés, concluait le propriétaire, il vaut mieux travailler pour un salaire moindre mais bénéficier de conditions de travail disons, moins « exigeantes » !

Mais les choses évoluent aussi dans les RPA, dont la clientèle s’alourdit malgré tout. L’intérêt de consulter certains documents émanant de groupes de travailleurs syndiqués du milieu des RPA privées ou portant sur eux est de nous fournir quelques informations sur la situation des travailleurs de ce secteur en fonction de cette évolution.

Or l’un des aspects traités par eux est justement l’alourdissement de la clientèle des RPA lorsque des contrats de ressources intermédiaires leur sont conférés.

il y a de moins en moins de construction de nouveaux centres dans le secteur public. Les personnes âgées en perte d’autonomie n’ont d’autre choix que d’aller dans des centres privés où l’État investit massivement sans que cela transparaisse dans les conditions de travail des employés. On en trouve la preuve par exemple dans la fermeture du CHSLD Villa Dubé, dont les lits seront convertis en ressources intermédiaires privées, subventionnées par le gouvernement (4)

Ce « transfert » de personnes du secteur public au secteur privé aurait évidemment des conséquences sur le rendement des travailleurs, qui sont déjà en pénurie. Or

Le gouvernement verse une somme d'argent pour chaque lit subventionné, indique la présidente de CSN Bas-Saint-Laurent, Nancy Legendre. On ne contrôle pas combien de personnes seront en place pour prendre soin du nombre de bénéficiaires dans l'établissement. On pense que ça devrait être contrôlé. (5)

Ils déplorent donc le fait qu’il n’y a pas d’échelles salariales en fonction du nombre de personnes qu’un employé doit s’occuper. Pour tout cela, ils se tournent vers le gouvernement :

Ce sont des deniers publics qui servent à payer ces places. Nous croyons que le gouvernement a une responsabilité à l’égard des salariés qui s’occupent de nos aînés. (4)

Le débat entourant les conditions de vie des travailleurs en RPA est donc enclenché. C’est à suivre. (1)

REFERENCES

(1) Voir à ce sujet le site http://ouvrezlesyeux.info/

(2) Conditions de travail dans les centres d’hébergement privés du Québec- Les syndiqués s’invitent chez le ministre Bolduc. http://www.newswire.ca/fr/story/918457/conditions-de-travail-dans-les-centres-d-hebergement-prives-du-quebec-les-syndiques-s-invitent-chez-le-ministre-bolduc

(3) La CSN exige plus de contrôle dans les résidences privées pour aînés
http://www.lavantage.qc.ca/actualite/30-08-2011-la-csn-exige-plus-de-controle-dans-les-residences-privees-pour-aines

(4) Les syndiqués en centre d’hébergement privé se regroupent et préparent une grande « manif »
http://progresecho.canoe.ca/webapp/sitepages/content.asp?contentid=203865&id=659

(5) Bas-Saint-Laurent : de meilleures conditions demandées pour les préposés aux bénéficiaires
http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2011/08/30/009-csn-conditions-preposes.shtml

(6) Les syndiqués des centres d’hébergement privés réclament de meilleures conditions
http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/2011/09/02/003-centres-hebergement-conditions.shtml


LA BIENTRAITANCE : UN CONCEPT QUI FAIT SON CHEMIN…
Pierre Tardif

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ous voulons attirer votre attention sur un concept qui, sans doute, fera son chemin dans le milieu de l’habitation pour aînés. Il s’agit de l’expression « Bientraitance ». Selon l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM), un organisme français (2),

La bientraitance trouve ses fondements dans le respect de la personne, de sa dignité et de sa singularité. Il s’agit d’une culture partagée au sein de laquelle les sensibilités individuelles, les spécificités de parcours et de besoins, doivent pouvoir s’exprimer et trouver une réponse adaptée (1) (p.14)

L’ANESM a formulé des « Recommandations de bonnes pratiques professionnelles « relatives à la bientraitance. Qu’est-ce que des «Recommandations de bonne pratiques professionnelles » ? Selon cet organisme, il s’agit de

(…) propositions développées selon une méthode explicite pour aider les établissements et les services à adopter les pratiques ou à mettre en œuvre les prestations les plus appropriées dans les circonstances données (1) (p. 40)

C’est ainsi que l’ANESM a déjà publié plusieurs ouvrages qui présentent des « bonnes pratiques », à l’usage entre autres des « Établissement » d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Pour les détails, nous vous invitons à en prendre connaissance en visitant le site web de l’organisme. Soulignons simplement quelques idées contenues dans le document consacré à la bientraitance.

Disons en premier lieu qu’on ne peut séparer la bientraitance de son pendant négatif, la maltraitance : « Utiliser le terme de bientraitance oblige en effet les professionnels à garder en mémoire, la trace de la maltraitance » (1) (p. 13).

Ainsi, le document ne cache pas les difficultés de travailler dans un milieu qui hébergent des personnes fragilisées. Tout doit être mis en œuvre pour soutenir les professionnels, en particulier lorsque des événements difficiles se présentent. Le professionnel doit donc être accompagné dans sa démarche et une réflexion collective est nécessaire ; en effet,

La réflexion collective a vocation à maintenir vivante et approfondir la richesse humaine qui se déploie à la faveur des accompagnements, et à soutenir les professionnels dans leur légitime recherche de sens, de fierté et de plaisir professionnels. (1) (p.35)

Ainsi « La bientraitance est une culture issue d’une recherche collective vers le mieux. » (1) (p.30).

Le document de l’ANESM décrit dans le détail les façons d’inclure dans une organisation une culture de la bientraitance qui met l’usager au centre des préoccupations en respectant le plus possible son individualité. Il faut respecter son rythme, développer les modalités d’une saine communication avec lui. Mais tout cela exige évidemment que l’organisation soit stable. D’où l’importance apportée également à ceux et celles qui travaillent auprès des personnes fragilisées. Leur formation et leur bien-être est essentiels.

Par ailleurs, le rapport entre professionnels et clients étant complexe, de nombreuses recommandations y sont consacrées. La famille et les proches ne sont pas non plus négligés. Ainsi, tous deviennent partie prenante dans l’établissement d’une culture de la bientraitance.

Enfin chaque lieu d’hébergement étant particulier, on privilégie des échanges entre divers milieux, questions de repérer des lacunes dans notre propre organisation et trouver parfois des réponses à nos questionnements. On conçoit même que, en respectant le consentement des usagers, il soit possible de se servir des données pour faire avancer la recherche scientifique…

Ainsi, de par les préceptes humanistes généraux qu’elle véhicule, et de par aussi la nécessité d’appliquer ces préceptes à des milieux bien particuliers dans un contexte d’amélioration continue, la bientraitance est « l’enjeu d’une société toute entière, un enjeu d’humanité » (1) (p.14).

La bientraitance, tout en imposant des principes rigoureux de gestion, donne en même temps aux institutions accueillant des personnes fragilisées toute leur importance…

REFERENCES

(1) ANESM, Recommandations de bonnes pratiques professionnelles. La bientraitance : définition et repères pour la mise en œuvre, juin n2008,
http://anesm.sante.gouv.fr/

(2) Adresse du site web de l’ANESM : http://anesm.sante.gouv.fr/