UNE CERTIFICATION PERDUE… PUIS RETROUVÉE

E n cette période ou plusieurs propriétaires qui ont déjà passé les tests de la certification doivent les passer à nouveau, il est intéressant de relater des histoires qui devraient se reproduire à certains moments. Nous voulons parler du retrait de la certification d’une RPA qui était déjà certifiée puis de sa réattribution... Dans le cas qui nous occupe, la porte-parole de l’agence a confié au journaliste que « C’est lors de l’inspection bisannuelle pour le renouvellement de la certification (…), qu’on s’est aperçu qu’il y avait des choses qui clochaient » (1).

Le cas qui nous occupe est une RPA d’une trentaine de résidents. Les articles cités ici-bas vous permettront d’en savoir plus.

Disons que cette RPA fonctionne depuis 1970 et qu’elle a reçu sa certification le 29 janvier 2009. Durant une visite d’inspection, les inspecteurs ont noté des problèmes « en ce qui a trait à l’alimentation, aux soins donnés aux résidants ainsi qu’à la propreté et à la sécurité des lieux » (1).

La résidence s’est donc vue retirer sa certification le 8 février 2011. Le 15 du même mois, une rencontre fut organisée avec les résidents par l’agence. Il semble qu’aucun résidents n’aient manifesté le désir de quitter les lieux.

Quant aux propriétaires, ils ont dû proposer un plan de redressement qui a finalement été rejeté par l’agence. Si bien que « un mois après avoir perdu leur certification, les propriétaires (...) s’exposent à des amendes s’ils continuent à exploiter cette résidence pour personnes âgées » (2)

Il faudrait pousser l’enquête plus loin pour bien comprendre le mécanisme qui fait qu’une RPA qui se voit retirer sa certification, continue malgré tout de fonctionner et reconquiert sa certification.

Pour le cas qui nous occupe ici, il semble que de nouveaux propriétaires ont aménagé durant le mois de mars 2011. C’est ce que nous apprenons sur la fiche de cette résidence que l’on retrouve dans le registre des résidences pour personnes âgées. Et le 25 janvier 2012, une station de radio locale annonçait que la résidence avait retrouvé sa certification. On apprend entre autre que « Malgré les manquements relevés il y a un an, (…) la certification a été délivrée sans aucune condition » (3).

Il faudrait évidemment documenter plus profondément de tels cas pour mieux les comprendre. Se poser par exemple la question suivante : quelles sont les raisons qui justifient le rejet ? Ils peuvent être évidemment très graves ou plus « modérées ». Par exemple, nous avons été témoin d’une telle situation récemment : L’Agence avait retiré la certification d’une RPA en alléguant que le propriétaire manquait de respect à l’égard des résidents. Pour le reste, la RPA était conforme et elle a reconquis sa certification après la venue des nouveaux propriétaires. D’autres situations ne permettent évidemment pas de retrouver une certification perdue. Par ailleurs, de tels cas nous autorisent à nous demander à quel moment les amendes devraient-elles être appliquées ?

Mais ce qui nous intéresse ici (avec le peu d’informations dont nous disposons) est évidemment de comprendre le processus de contrôle sur les RPA qui permet à l’Agence de retirer la certification et de la redonner lorsque les améliorations ont été constatées. Une gestionnaire nous disait récemment qu’au moment de refaire sa certification, les inspecteurs lui confiaient que certains éléments à considérer au moment de la première certification avaient été modifiés ! La certification est donc un processus qui s’expérimente avec le temps, tant du côté des propriétaires que de celui de ceux et celles qui sont chargés de la faire respecter.

Cela souligne encore une fois qu’une certification n’est pas éternelle, mais aussi que le contrôle sur les RPA tend non seulement à se raffermir mais également à s’assouplir. Étudier de telles situations de retrait de la certification puis de sa réattribution à une RPA donnée permettrait certainement de mieux comprendre le processus de certification en lui-même.

REFERENCES

(1) BUSSIERES, Ian, Les Résidences de la Vallée perd sa certification
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201102/22/01-4372998-les-residences-de-la-vallee-perd-sa-certification.php

(2) BUSSIERES, Ian, Résidence pour personnes âgées à Vallée-Jonction : les proprios exposés à des amendes
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201103/08/01-4377419-residence-pour-personnes-agees-a-vallee-jonction-les-proprios-exposes-a-des-amendes.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4372998_article_POS1

(3) http://www.cfin-fm.com/Residences-de-la-Vallee-de-Vallee-Jonction-2501124.html

 
COMMENT CRÉER UN « MILIEU DE VIE » ? LA VISION DES PRÉPOSÉS…
Pierre Tardif
 

L

’expression « milieu de vie » est sur toutes les lèvres. Mais il convient de rappeler que cette expression est utilisée depuis un certain temps déjà dans le contexte des soins de longue durée. Évidemment, la clientèle des CHSLD est différente de celle des RPA. Mais puisque l’on assiste dans ces dernières à un alourdissement de la clientèle, ce qui constitue évidement un défi supplémentaire pour les employés en place, pourquoi ne pas regarder du côté des CHSLD afin d’apprendre de leur expérience ?

Voici ce que le Ministère dit de l’approche milieu de vie :

Les principes qui structurent l’approche « milieu de vie » comprennent, entre autres, l’appropriation du pouvoir par les personnes hébergées, le fait que les lieux appartiennent au résidant, l’intégration et le soutien des familles et des proches, l’organisation du travail offrant une souplesse au niveau des horaires et des rôles et la mobilisation du personnel en faveur des valeurs qui sous-tendent l’approche (1) (p.11)

Évidemment, nous ne commenterons pas le débat qui anime présentement le milieu des CHSLD relatif au milieu de vie versus le milieu de soins, les CHSLD hébergeant des personnes qui nécessitent beaucoup plus d’heures soins que dans les RPA, la question des soins à prodiguer doit demeurer au centre du travail à effectuer. A ce sujet, nous vous conseillons de lire l’un des articles cités ici-bas pour ce qui est du point de vue des infirmières (1). Nous nous concentrerons sur les préposés aux bénéficiaires.

Pour ce qui est des préposés, une étude récente, publiée par la revue de l’Association québécoise de gérontologie, a été effectuée dans deux CHSLD situées en région afin de connaître leur point de vue quant à l’instauration d’un milieu de vie de qualité (2). Dans ce contexte, on mentionne que leur mission

…est de transformer quotidiennement le centre d’hébergement en un lieu de vie ou la rencontre entre le personnel et le résident doit prendre un caractère « humain ».(2) (p.40)

Saluons cette recherche qui visait à questionner ceux et celles qui sont le plus près des résidents. Les questions qu’on leur posait concernaient entre autres leur trajectoire de vie, leur formation de base et les formations d’appoint qu’ils ont reçues par la suite ainsi que leur appréciation de cette formation en regard aux tâches à effectuer dans le cadre de l’approche milieu de vie.

Si vous lisez cette étude, vous constaterez que les personnes interviewées considèrent que la formation reçues ne les aide pas à relever le défi de l’approche milieu de vie (AMV) :

Ainsi, entre le travail prescrit, notamment dans le cadre de l’AMV, et le travail réel, il existe un espace fortement constitué de problèmes structurels posés par l’organisation et, notamment, par la pénurie de personnel.(2) (p.40)

Citons par exemple une préposée aux bénéficiaires questionnées par les chercheurs :

On nous demande de plus en plus de faire du soin, de l’assistance… d’être plus proche des résidents, mais toutes les préposées acceptent de donner plus de temps, mais si on donne plus de temps, on met en retard l’équipe et on est en retard pour les résidents… Donc on ne peut pas faire de relationnel(2) (pp. 40-41)

Malgré le fait qu’il s’agit de CHSLD, convenons que le discours ressemble étrangement à celui que l’on entend dans de nombreuses RPA. Une rencontre entre divers propriétaires de RPA organisée par Richard Perreault en 2009 avait d’ailleurs traité du recrutement, de la formation et de la rétention du personnel (3).

Dans le contexte des CHSLD, les chercheurs proposent de permettre aux préposés de former un collectif de travail, qui serait

(…) l’ensemble des préposées d’un même service partageant, grâce à leur connaissance des résidents, des régulations et des stratégies identiques. Le collectif de travail réorganise les rythmes de travail afin que chaque préposée ne se trouve pas ensevelie sous le poids du travail à réaliser ; le collectif comble le hiatus entre travail prescrit et travail réel (2) (pp.41-42)

Selon les auteurs, les avantages pourraient être réels et ce malgré la pénurie de main d’œuvre. Ils parlent d’une « liberté contrôlée » donnée aux préposés dans le cadre d’un travail collectif qui permettrait de réorganiser le travail et de se donner du temps pour l’aspect relationnel de leur travail. Ce faisant, on tient compte des suggestions de chaque préposé ce qui diminue les chances de départ.

Revenons maintenant aux RPA. Il y a de cela quelques années, nous avions consulté les résultats d’une étude qu’un propriétaire d’une RPA avait commandée à un expert en psychologie du travail. Ce dernier avait consulté les employés (notamment les préposés) afin de mesurer leur niveau de satisfaction. La conclusion était claire : les employés désiraient participer un peu plus aux décisions entourant les résidents, compte tenu du fait qu’ils passaient beaucoup de temps avec eux…

Ainsi, dans un contexte d’alourdissement de la clientèle (dans les RPA aussi) et des multiples réflexions entourant l’élaboration d’un milieu de vie de qualité, de telles recherches nous offrent de multiples avenues susceptibles d’être considérées tant sur le plan de la formation que de l’organisation du travail…

REFERENCES

(1) ALDERSON, Marie, « « Milieu de vie » ou « milieu de soins » : un débat chaud en Centres d’hébergement et de Soins de Longue Durée », Vie et vieillissement, Vol5. No.1 (2006), pp.9-15.

(2) AUBRY François, GODIN Karine et Yves COUTURIER, « Les préposées aux bénéficiaires face au processus d’implantation de l’approche milieu de vie en soins de longue durée : Critiques et perspectives d’avenir », Vie et vieillissement, Vol. 9 No.3 (2011), pp.36-43.

(3) Voir « Bilan du 2ème déjeuner-échange de L’Indice »
http://aineshebergement.com/indice/revue/v10-2/index.html


UN CODE D’ÉTHIQUE POUR LES RPA…
Pierre Tardif

N

ous soulignons à votre intention un événement important qui a eu lieu il y a déjà quelques mois et qui mérite d’être noté. Il s’agit de la création d’une charte des droits et libertés, sous l’égide de l’Observatoire Vieillissement & Société (OVS). Dans un courriel qu’il nous a fait parvenir, le président de L’OVS, Monsieur André Davignon, qualifiait la charte de

Document fondamental, véritable « charte » sur les droits et libertés des personnes âgées. Ce document a été approuvé par de multiples organismes en particulier le Regroupement Québécois des résidences pour aînés et l’Association québécoise d’établissement de santé et de services sociaux.

La ministre responsable des aînés, Mme Marguerite Blais, avait pour sa part affirmé, dans un message adressé à l’OVS à l’occasion de la parution de la charte :

Je suis convaincue que le respect des principes qu’il (le code d’éthique) énonce par les institutions privées ou publiques impliquées auprès de nos aînés contribuera à améliorer grandement la qualité de vie et la dignité de ces personnes

Ce document présente les droits des aînés sous trois points de vues : Le point de vue moral : on parle alors de contrôle, d’autonomie, de liberté; le point de vue matériel, comme par exemple, la sécurité, la mobilité, l’accès aux soins de santé de qualité; et enfin le point de vue social qui concerne notamment la valorisation et l’intégration des aînés…

Pour plus de détails, nous vous invitons à consulter la charte sur le site web de cet organisme (1). Ce qui nous semble particulièrement intéressant, c’est qu’il est possible d’appliquer ces principes à divers milieux de vie spécifiques. Ainsi, pour le cas des RPA, quelles sont les mesures concrètes qui pourraient être faites et qui seraient en conformité avec la charte de l’OVS? Encore une fois, comme on le voit, les propriétaires de RPA sont invités à donner leur opinion! Ce document a non seulement le mérite de présenter de façon claire et précise les droits et libertés des personnes âgées; il est aussi en lui-même un document qui suscite la réflexion.

Rappelons que l’OVS se donne pour mission, entre autre, de lutter contre l’âgisme. Fort de plusieurs partenaires et collaborateurs, il publie des documents et organise des conférences. Il est constitué de « vigies » qui sont décrites dans le dépliant de cet organisme comme étant

(…) des postes d’observation. Ces postes sont occupés par des aînés volontaires, responsables de sites thématiques où l’âgisme peut se manifester: Alimentation, Finances, Droit, Politique, Activité Physique, Multiculturalisme, Sexualité…

L’OVS est un lieu d’échanges et de réflexions qui vaut le détour.

REFERENCES

(1) L’adresse du site web de l’Observatoire Vieillissement & Société
http://www.ovs-oas.org/