À L’AUBE DE 2012, QUELS SONT LES EFFETS DE LA CERTIFICATION?

Q uestion évidemment compliquée à laquelle on ne peut répondre en quelques lignes. Mais le ton que prennent les médias pour parler des RPA permet de mesurer la perception du public à l’égard de celles-ci. Ainsi, quelques articles récents révèlent un des éléments qui constituent, à notre avis, un effet (positif) de la certification.

Il s’agit de deux résidences: Les Floralies de Lachine (1) et la résidence Navarro (2). Dans les articles qui leur sont consacrés, on se demande pourquoi on a accordé des contrats à ces deux résidences qui ont pourtant reçu des critiques sévères de la part des inspecteurs du gouvernement.

Penchons-nous sur les commentaires des inspecteurs. Pour l’une, il s’agirait de « poursuivre des efforts importants afin de favoriser la mise en place d’un milieu de vie de qualité » (1), et l’on critique l’autre parce qu’elle «n’a pas déployé la mise en place de milieu de qualité » (2)

Les deux établissements se voient donc réprimandés pour des questions relatives à la qualité de vie, par exemple au niveau de l’attitude des employés envers la clientèle, de l’atmosphère peu conviviales qui y prévaut, des activités récréatives insuffisantes, etc.

Voilà présentement l’ambiguïté liée aux RPA : on les critique, mais on ne peut s’en passer!

Il faudrait bien sûr pousser plus avant l’étude de ces deux dossiers. Mais rappelez-vous qu’il y a seulement quelques mois, toute la question était centrée sur les résidences non certifiées. Bien sûr, cela reste toujours d’actualité mais il nous semble normal que, une fois une résidence certifiée, l’on fasse un pas de plus en se questionnant sur la qualité de vie, comme en témoigne d’ailleurs le programme Logi-être de la Fadoq : quels sont les composantes de la qualité de vie, comment les établir et les maintenir dans une RPA?

La certification aura donc permis de franchir une première étape, celle d’établir des règles au niveau des normes socio sanitaires. Ce faisant, elle a sans doute contribué à sensibiliser le public à la réalité des RPA et à la nécessité d’établir des normes rigoureuses.

Ainsi, l’étape suivante semble amorcée : après avoir considéré le bâtiment, on se questionne désormais sur l’esprit qu’il faut insuffler à ce bâtiment, sur la qualité de vie et on semble considérer qu’il s’agit d’un processus constant. Désormais, on ne condamne plus en bloc les RPA mais l’on s’attend à ce qu’il y ait amélioration.

Et viser l’amélioration de la qualité de vie implique de réfléchir aux modalités pour y arriver. Et il semble à ce sujet que l’on prenne davantage conscience de la nécessité de bénéficier des ressources nécessaires pour y arriver, comme un nombre suffisant d’employés pour instaurer une qualité de vie acceptable dans un établissement, comme pour le cas du Navarro dont « les ratios du personnel (…) sont inférieurs à ceux d’autres établissement du réseau » (2).

Bien sûr, nous ne parlons que de deux RPA et de deux articles. Mais souhaitons que le temps où les RPA étaient soit noires soit blanches soit révolu. Parions sur des résidences considérées comme étant des ressources perfectibles dont on connaît de mieux en mieux les rouages et la réalité bien particulière.

REFERENCES

(1) Ariane Lacoursière, Québec loge des aînés dans une résidence sévèrement critiquée par ses inspecteurs
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201112/23/01-4480773-quebec-loge-des-aines-dans-une-residence-severement-critiquee-par-ses-inspecteurs.php

2) Ariane Lacoursière, 120 aînés confiés à la résidence Navarro malgré de graves lacunes
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201201/13/01-4485398-120-aines-confies-a-la-residence-navarro-malgre-de-graves-lacunes.php

 
LE DÉFI D’UTILISER AU MIEUX LES RESSOURCES D’HABITATION POUR AÎNÉS
Pierre Tardif
 

O

n parle souvent du manque de ressources d’hébergement pour nos aînés. Mais qu’en est-il de l’utilisation des ressources existantes?

Un article récent a attiré notre attention sur un programme développé il y a quelques années par L’agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Ce programme est appelé Programme d’hébergement pour évaluation (PHPE), connu aussi sous le nom de Programme 68. Selon la journaliste, il s’agit d’.

Une initiative de L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, entreprise il y a un an et demi. L’objectif de ce programme est de libérer l’ensemble des lits des hôpitaux occupés par des patients âgés en attente d’hébergement. Ces personnes devaient être déplacées vers des ressources intermédiaires, des centres d’hébergement ou des centres de réadaptations (1)

En cherchant un peu, on peu trouver quelques informations supplémentaires quant au fonctionnement de ce programme. Selon un communiqué de presse de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) qui date déjà de près de un an, on décrit bien le fonctionnement :

Le PHPE a été créé en vue d'évaluer les besoins de services des personnes qui doivent quitter les hôpitaux. Il prévoit que, de l'hôpital à son lieu d'hébergement permanent, la personne passe par un lit d'évaluation pendant quelques semaines et par un lit de transition, le temps qu'une place se libère là où elle doit s'installer. Faute de place, les délais prévus sont souvent prolongés de quelques semaines à plusieurs mois. Malheur à celle qui fait une rechute durant ce cheminement : si elle retourne à l'hôpital, elle devra alors recommencer la démarche du début. (2)

On parle dans ce texte d’un « cheminement administratif kafkayen. » d’où résultent ces multiples déplacements des personnes âgées hébergées.

Les professionnels membres de l’APTS en donnent d’ailleurs un récit inquiétant lors des transferts : non seulement, déclarent-ils, l’état de santé des gens ne sont pas stabilisé au moment du transfert, mais les professionnels (nutritionniste, physiothérapeute, etc.) manquent souvent d’information sur les personnes accueillies en évaluation ou transition sans compter l’absence de services en physiothérapie ou ergothérapie dans ces milieux d’accueil…Si bien que les personnes âgées »sont encore aujourd’hui ballotées au gré des réformes et des nouveaux programmes, comme elles l’ont été au cours des dernières années » (3)

Il ne s’agit pas ici de critiquer ce programme. D’après l’un des articles consultés il semble que l’agence a prévu de le revoir. Mais nous pouvons rapprocher ces faits à ce qui se passe présentement à Sorel-Tracy, où l’on prévoit non seulement de nouvelles places d’hébergement pour les aînés mais aussi pour les adultes qui ont une déficience intellectuelle et qui étaient jusqu’à maintenant, hébergées avec des personnes âgées. (4).

Nous vous laissons lire cet article. Ce qui nous intéresse ici, c’est le désir de bien comprendre la réalité des résidents (une personne déficiente intellectuelle d’âge moyen n’étant évidemment pas une personne âgée). Et cela nous autorise à penser de la même façon pour le cas des aînés.

Et pourtant, des aînés souffrant de maladies chroniques sont hébergés dans des lieux dont le mandat est d’accueillir des gens aux prises avec des problèmes de santé aigus; des personnes âgées en bonne santé se retrouvent avec d’autres beaucoup moins en forme, ou d'après ce qui a été décrit plus haut, des personnes âgées sont promenées plus qu’il ne le faudrait dans le système de santé.

Autant de fait qui, selon nous, questionnent non seulement les ressources, mais les manières dont nous les utilisons…

REFERENCES

(1) Ariane Lacoursière, Nouveau CUSM: pas de lit pour les aînés en attente d'hébergement
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201201/15/01-4486112-nouveau-cusm-pas-de-lit-pour-les-aines-en-attente-dhebergement.php

(2) APTS, Cri du cœur du personnel professionnel dédié aux personnes âgées
http://www.newswire.ca/fr/story/739497/cri-du-c-ur-du-personnel-professionnel-dedie-aux-personnes-agees

(3)
http://www.aptsq.com/documents/Regroupements/201103_Programmes_pers_agees-perte.pdf

(4) Julie Lambert, De nouvelles places pour les aînés
http://monteregieweb.com/main+fr+01_300+De_nouvelles_places_dhebergement_pour_les_aines.html?JournalID=9&ArticleID=740543


LES RÉSIDENCES D’AÎNÉS ET LE BON VOISINAGE
Pierre Tardif

S

’il est évident que les RPA ont droit aux ressources nécessaires à la santé de leurs résidents, encore faut-il trouver les moyens de répartir les ressources de façon équitable pour tout le monde. L’anecdote qui suit témoigne qu’une RPA n’est pas qu’un lieu ou vivent des personnes âgées. C’est aussi un lieu ou vivent des citoyens.

L’histoire que nous a racontée une nos collègues ne manque pas de piquant.
L’anecdote trahit certains problèmes qui peuvent se présenter quand vient le temps d’établir de bonnes relations entre une résidence pour personnes âgées et ses voisins immédiats.

En effet, comment régir les rapports avec les voisins ? Il y a quelques temps, notre collègue s’était rendue à une clinique qui est à deux pas d’une résidence d’aînés. Dans cette clinique, si vous désirez rencontrer un médecin, vous devez vous présenter très tôt le matin, devant la porte de la clinique. Là sont accrochés 23 cartons numérotés de 1 à 25. Vous en prenez un et vous inscrivez votre nom et votre numéro de téléphone sur la feuille numérotée de 1 à 23 qui est accrochée sur le mur, à côté du chiffre correspondant à votre rang. À l’ouverture de la clinique, le personnel rappelle les personnes inscrites afin de leur donner l’heure de la rencontre.

Notre collègue fut surprise d'apprendre d’une personne qui attendait en même temps qu’elle dans la salle d’attente de la clinique, qu’une semaine plus tôt, un individu avait pris 17 cartons (correspondant donc à 17 rendez-vous) et était reparti d’où il était venu, soit à la résidence d’aînés qui fait face à la clinique.

Une femme, outragée, a appelé la police. Des policiers sont venus à la clinique et y sont restés toute la journée…

Voilà.

Il est légitime de souhaiter que nos aînés vivent heureux et en sécurité en résidence. L’on parle d’ailleurs de villes amies des aînés. Mais ce fait témoigne qu’une RPA s’inscrit dans un réseau plus large d’interrelations qui est la ville ou elle se situe. On sait par ailleurs que de nombreux propriétaires de RPA se plaignent du fait qu’ils ont de la difficulté à trouver un médecin qui serait disposé à venir régulièrement à leur RPA pour rencontrer les résidents. C’était l’une des conclusions préoccupantes à laquelle étaient venus les participants d’une rencontre organisée sous l’égide de Richard Perreault il y a quelques années.

Toute la question est donc de savoir comment répartir cette denrée rare que constitue actuellement le médecin de famille et d'éviter les disputes entre citoyens...