QUAND LES PRÉPOSÉS AUX BÉNÉFICIAIRES SE FÂCHENT…

R egardons un moment du côté des CHSLD publics…

Très récemment, un préposé aux bénéficiaires œuvrant dans un CHSLD de Trois-Rivières a fait circuler une pétition visant à dénoncer le manque de personnel et certaines méthodes de travail, qui, selon lui, portent atteinte à la dignité des résidents. Vous pouvez consulter certains articles cités à la fin de ce texte. Ce qui nous intéresse ici c’est de comparer le discours de ce préposé aux bénéficiaires avec celui des dirigeants…

Il est question de la méthode dite « en vrak » : au moment du repas, on n’amène plus les plateaux dans les chambres des résidents. On déplace plutôt ces derniers dans un endroit commun où ils mangent avec les autres résidents.

Quels sont les conséquences de l’adoption de la « méthode en vrak » ?

Le point de vue du préposé est le suivant : faute d’un nombre suffisant de préposés

Tu ne peux pas arriver. Il faut que tu tournes les coins ronds, sinon ça met tout le monde en retard en raison du système qui est en vrak (1)

De plus, les résidents qui veulent se lever plus tard ne le peuvent pas. On parle d’ailleurs d’un résident à qui on aurait prescrit des calmants simplement parce qu’il était fâché de ne pouvoir se lever plus tard.

Mais, selon la Directrice de l’hébergement au CSSS de Trois-Rivières : il s’agirait plutôt d’ « activité-repas » dans le but de « créer un milieu de vie qui se rapproche le plus possible du domicile », tout cela parce que « Le Ministère nous demande de créer un milieu de vie qui se rapproche le plus possible du domicile » (1)

On dirait que s’affrontent ici deux visions différentes : d’une part une vision « de l’intérieur », celle du préposé aux bénéficiaires, sur la base de sa pratique quotidienne auprès des résidents, et d’autre part une vision «de l’extérieur », celle des gestionnaires qui reçoivent leurs directives du Ministère. Une autre préposée impliquée dans le débat a d’ailleurs déclaré que :

Mon souhait le plus cher serait de montrer aux dirigeants ce à quoi nous sommes confrontés. Pour qu’ils voient ce qui se passe à tous les matins, jour après jour (…) (1)

Et pourtant, lors d’un point de presse, la directrice de l’hébergement aurait rappelé que

(…) les établissements de Trois-Rivières ont reçu la note de 98% lors d’une récente évaluation d’agrément Canada (4)

Et au sujet de la pétition, son point de vue est le suivant:

Pour nous, le dialogue est important. Des pétitions, ce n’est pas une façon de faire. Il y a un comité exclusivement formé de préposés aux bénéficiaires en hébergement qui travaille avec moi et la directrice adjointe à améliorer le milieu de vie (4)

Les gestionnaires ont répondu en retirant (momentanément) la pétition, alléguant qu’elle était irrespectueuse. Et c’est alors au nom du dialogue (lui aussi) que le président du syndicat s’exprima devant les médias:

(…) le premier objectif du représentent syndical, écrit le journaliste, demeure de récupérer la pétition, via le dialogue. Si la directrice refuse d’obtempérer, d’autres options, plus draconiennes, pourraient même être envisagées (3)

Et parmi celles-ci, il y aurait la possibilité d’une pétition informatique, à l’échelle de la province (3).

Notons que des deux côtés, l’on parle de « dialogue ». Les dirigeants soutiennent que le dialogue ne peut se faire au moyen d’une pétition tandis que les organisateurs de la pétition, eux, soutiennent que « ils (les dirigeants) n’ont pas à se sentir menacés par ça et qu’ils laissent le processus se faire. » (3)

Sans doute y aurait-il, avant de parler de dialogue, un « terrain d’entente » à établir entre les gestionnaires et les employés afin de mettre en commun des points de vues différents mais complémentaires?

C’est à suivre !

REFERENCES

(1) Vincent Gauthier, « On traite les patients comme dans une chaîne de production »
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201108/09/01-4424485-on-traite-les-patients-comme-dans-une-chaine-de-production.php

(2) Marie-Pier Duplessis, « Soins dans les CHSLD : le Ministère va s’en mêler »
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201108/11/01-4425089-soins-dans-les-chsld-le-ministere-va-sen-meler.php

(3) Vincent Gauthier, « Qualité des soins dans les CHSLD : le syndicat réclame le retour de la pétition »
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/sante/201108/18/01-4426858-qualite-des-soins-dans-les-chsld-le-syndicat-reclame-le-retour-de-la-petition.php

(4) Vincent Gauthier, « Des pétitions, ce n’est pas une façon de faire »
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/sante/201108/19/01-4427141-des-petitions-ce-nest-pas-une-facon-de-faire.php

 
LE BÉNÉVOLE : UNE « RESSOURCE HUMAINE » À CONSIDÉRER ?
Pierre Tardif

L

e manque de personnel est donc un problème avec lequel il faut compter. Le texte qui précède parle d’ailleurs non seulement des soins à prodiguer (soins d’hygiène, etc.) mais aussi de la nécessité de créer un milieu de vie agréable, voire « familial ». Et nous savons que l’ambiance « familiale », « chaleureuse », est ce que veulent offrir les gestionnaires de RPA à leurs résidents… Comme pour ce propriétaire qui, au moment de dresser la liste des tâches à confier à un préposé, calculait « un temps social » que ce préposé devait consacrer aux résidents.

On est donc en droit de se demander comment maintenir une ambiance « chaleureuse » lorsque le personnel manque pour effectuer les soins de base? Les bénévoles ne pourraient-ils pas contribuer à offrir un « temps social » de qualité aux résidents?

Voici le cas d’une bénévole qui a œuvré pendant de longues années dans le milieu des résidences d’aînés. Son témoignage a été publié dans une toute jeune revue de gérontologie sociale qui est accessible en ligne. Nous vous invitons à lire ce court texte (1). Pour notre part, voici ce que nous inspire ce texte.

L’âge des bénévoles
Il semble que ce soit de peu d’importance puisque cette dame a œuvré de 35 à 70 ans et que sa « retraite du bénévolat » (c’est son expression) semble s’expliquer d’abord et avant tout « pour des raisons de santé ». Dans son texte, cette dame ne mentionne pas si le fait d’être bénévole auprès de personnes âgées est différent selon que l’on ait 35 ou 70 ans. Mais on pourrait supposer que pour la personne âgée résidente d’une RPA, être « visitée » par une personne âgée de 35 ans, ce n’est pas la même chose que d’avoir la visite d’une personne de 70 ans. Et pourtant, une personne qui réside en RPA peut évidemment éprouver du plaisir dans les deux cas.

Le bénévolat, c’est sérieux!
Non seulement cette dame considère le bénévolat un peu comme une carrière (puisqu’elle parle de « retraite ») mais on devine dans son texte qu’elle a dû gérer son temps puisque le bénévolat n’était pas son travail principal: quand elle a débuté dans le bénévolat, à 35 ans, elle réservait « (…) un après-midi par semaine pour rencontrer la dame âgée (…)» ; mais, peu à peu, sa passion s’est développée, si bien que « la demande croissante me pousse à établir un horaire équilibré pour ne pas nuire à ma santé ni à mes responsabilités. Je répartis mes déplacements selon les besoins (…) ».

Le nombre des résidents à visiter
On peut se demander si tous les bénévoles peuvent avoir la même disponibilité que cette dame qui, à un moment donné, visitait « (…) les personnes âgées réparties entre huit centres d’accueil et résidences ». Peu importe le temps que l’on peut consacrer au bénévolat. Le succès de cette bénévole nous semble provenir d’une certaine qualité d’écoute, dans le cadre d’un échange qui, manifestement, l’a enrichie elle aussi.

L’identité régionale
Notre bénévole mentionne aussi que « d’autre femmes de mon quartier s’ajoutèrent » à celles qu’elle visitait déjà. Dans un autre passage, elle raconte l’histoire de sa rencontre avec une dame qui l’aborda à l’épicerie et avec qui elle a discuté de ses activités de bénévole. Cette bénévole, en effet, semble avoir travaillé dans sa région : elle va visiter des gens de son milieu , comme si ce genre de bénévolat non seulement renforçait le sentiment d’appartenance, mais était aussi alimenté par ce sentiment d’appartenir à la communauté.

Nous aurons l’occasion de vérifier plus tard cette hypothèse, à savoir que si les RPA qui prospèrent sont celles qui sont bien intégrées dans leur milieu, il semble évident, qu’elles peuvent être le lieu ou s’instaure et se développe un sentiment d’appartenance fort entre les résidents et la population dans son ensemble et attirer ainsi plus de personnes à devenir des bénévoles.

REFERENCES

((1) LACHANCHE, Claire, « Le bénévolat, une quête de sens », Pluriâges, Vol.1, No.2 (Été 2010), p. 25.
http://www.cssscavendish.qc.ca/fileadmin/csss_cvd/Publication/Pluriages/Pluriages_Vol1_No2__Ete_2010.pdf


LES RPA SONT-ELLES À LA MERCI DES RUMEURS?
Pierre Tardif

S

’il est un adage qui doit hérisser les oreilles des gestionnaires de RPA, c’est sans doute celui-ci :

Parlez-en mal ou parlez-en bien… Mais parlez-en!

Car on ne peut pas parler indifféremment d’une RPA en mal ou en bien. En effet, combien de fois entendons-nous, de la bouche des gestionnaires eux-mêmes que leur RPA est prospère « grâce à sa bonne réputation » ou, à l’opposé, qu’un tel propriétaire, qui a acheté une RPA qui « avait une mauvaise réputation » (et qui donc affiche un taux élevé d’inoccupation), travaille d’arrache-pied afin de lui redonner une place au soleil?

On est donc en droit de se demander si le gestionnaire de RPA est à la merci de la rumeur…

Dès 2000, Richard Perreault s’était penché sur ce qu’on pourrait appeler le « processus de sape de la rumeur » dans sa défunte Revue Aînés Hébergement, y analysant l’expérience d’un de ses clients (1). Sept ans plus tard, cet article a été publié de nouveau, cette fois dans la revue L’Indice, parce qu’il était encore d’actualité.

En gros, Richard Perreault relatait la pénible expérience vécue par un de ses clients qui avait été victime de la médisance d’un ex-employé qu’il avait congédié. Pour se venger, celui-ci déclara à la Régie que dans cette RPA, « les résidents mangent mal et sont maltraités ».

Dès lors, écrit Richard Perrault, la rumeur agit sournoisement,

(…) sans même attendre le résultat de l’enquête qui pourrait bien révéler que la plainte est non fondée

Et voici l’issue de l’histoire :

Il [le propriétaire] me raconte qu’effectivement la plainte a été déposée il y a de cela quelques mois et que l’Agence de la santé et des services sociaux lui a confirmé quelques semaines plus tard que la plainte était non fondée. Cette affirmation fut envoyée au propriétaire vendeur par écrit. Après vérification, donc deux mois après que l’enquête fut close, le seul intervenant avisé fut le propriétaire concerné et uniquement lui.

Ce qui nous intéresse dans cet article, c’est qu’il révèle la faiblesse de l’information offerte à la population en matière de RPA en 2000 et même en 2007. En effet, une fois que la plainte fut décrétée non fondée, malgré tout,

(…), le seul intervenant avisé fut le propriétaire et uniquement lui.

Résultat? La rumeur a continué de faire son job de sap dans la communauté. Revenons maintenant en 2011.

Très récemment, nous avons parlé à une gestionnaire qui disait avoir vécu une aventure semblable : elle avait congédié deux employés et celles-ci ont porté plainte auprès de la Régie : dans cette RPA, disaient-elles, « les résidents y mangent mal et sont maltraités »…

Résultat : un très grand nombre de résidents ont été transférés (par les bons soins de la Régie et par ambulance de surcroît!) dans un CHSLD.

Mais qu’est-ce qui distingue notre histoire de celle relatée par Richard Perreault en 2000?

La réponse nous semble être la suivante : dans notre histoire, la gestionnaire aurait fait appel à une chaîne de télévision bien connue pour rétablir les faits! Des journalistes auraient tenté de vérifier les faits en faisant enquête auprès de la Régie et, à partir de ce moment, nous confiait la propriétaire, la résidence aurait cessé de figurer dans la liste noire de la Régie…

Depuis ce jour, la propriétaire tente de reconquérir une reconnaissance perdue… Mais il semble que les résidents qui sont restés dans cette RPA ne soient pas aussi maltraités que le proclamaient les employées congédiées : ils s’affichent, heureux, sur la galerie, publicité inespérée, nous confiait la propriétaire, si bien qu’au moment de notre discussion, elle avait reçu quelques appels pour des locations éventuels…

La suite est à venir car nous n’avons pas vérifié les propos de cette propriétaire (notamment auprès de la chaîne de télévision…), faute de temps pour effectuer une enquête plus rigoureuse avant de publier ce texte…

Mais on ne peut que constater que les médias ont désormais un rôle à jouer dans l’établissement des faits.

D’ailleurs, dès 2000 Richard Perreault faisait remarquer que, dans le milieu des RPA,

Il y a un besoin et un manque de transparence

Voilà en quoi, sans doute, la transparence doit servir : non pas à alimenter les rumeurs, mais à établir les faits purs et simples, qui servent de critères réels pour les résidents éventuels qui recherchent un milieu de vie de qualité et qui sont en droit de recevoir une information de qualité en matière d’habitation pour aînés.

Et ce faisant, la transparence sert aussi les gestionnaires de RPA…

REFERENCES

(1) PERREAULT, Richard, « Abus de pouvoir », Revue L’indice, vol. 8, no, 2 (2007) p.3
http://www.aineshebergement.com/indice/revue/v8-2.pdf